Donner le la

 

Luxemburger Wort : Éditorial du 2 octobre 2018

MARC THILL

«Espérons que le prochain ministre de la Culture indique le cap avec force.»

En dernière ligne droite avant les élections, le ministère de la Culture a pu présenter son «Kulturentwicklungsplan», un travail réalisé par l’infatigable conseiller du ministère Jo Kox, une feuille de route au service du prochain gouvernement. Ce plan pourra remédier à une politique culturelle qui les cinq dernières années est malheureusement restée fragmentée et fragmentaire. Certes, il y a eu des esquisses d’actions – pourtant on n’a jamais senti que ce gouvernement était porté par un souffle, une volonté et par une détermination comme cela a pu être le cas à d’autres époques et surtout dans d’autres pays.

Rappelons qu’en France, à l’époque du président Mitterrand, la culture faisait pleinement partie de la vie. L’art se trouvait au cœur même de la société, et même au moment de graves crises économiques, l’austérité ne s’est jamais fait ressentir au ministère de la culture de l’époque.

Au Luxembourg par contre, la première locataire du «Bâtiment Terres Rouges» du quinquennat Bettel, la ministre de la Culture Maggy Nagel, n’a à aucun moment hésité à raboter le budget de la culture sous prétexte de caisses d’Etat vides. Sans doute n’avait-elle pas lu le discours de Victor Hugo devant l’Assemblée nationale, qui, en 1848, faisait savoir aux élus français que la richesse d’un peuple se fonde sur sa richesse de l’esprit et de l’âme. D’ailleurs, Madame Nagel ne se rappelait non plus cette belle réplique de Winston Churchill à qui on avait demandé de couper dans le budget des arts pour l’effort de guerre et dont la réponse fut sèche: «Alors, pourquoi nous battons-nous?».

«La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert», disait André Malraux, ministre de la Culture sous le Général De Gaulle, et en effet, la culture mérite son combat, elle est plus qu’un simple «soft- power», plus qu’un minable décor artistique pour faire tourner la machinerie du «nation branding». Au Luxembourg, c’est justement cela: le Mudam comme lieu branché des milieux financiers pour présenter leurs agences de l’espace et autres structures opaques de la haute finance.

Espérons que le prochain ministre de la Culture puisse de nouveau donner le la à une culture qui touche tout le monde et qu’il indique avec force le cap, avec détermination et surtout avec enthousiasme. Car justement, le dernier gouvernement a manqué d’enthousiasme et de persévérance en se cachant derrière les rouages de la politique européenne pour ne pas faire appliquer une TVA à taux réduit sur les prestations culturelles. Mais enfin, que l’Etat devienne de nouveau l’Etat, et que la puissance publique s’exprime avec force! Dans beaucoup de domaines, pas seulement dans la culture, on voit à quel point l’esprit de service public s’érode. Le gouvernement, par sa politique, a imposé son système «bottom up», une stratégie néolibérale qui veut qu’avant toute décision le peuple se manifeste lui-même – en d’autres mots «débrouille-toi tout seul».

Dernier point: Ce ne sont pas les banques et les fiduciaires qui font la seule richesse de notre pays, ce sont aussi les artistes. Ce sont eux qui font notre fierté, ici et à l’étranger. Il est donc essentiel d’être à l’écoute des professionnels de l’art et de la culture. Et si la culture nous fonde, c’est aussi elle qui peut nous séparer, donc évitons les fractures culturelles. On dit que l’homme est culture. C’est vrai, c’est son seul moteur depuis la nuit des temps. On l’oublie trop souvent.