Manifeste culturel pour les élections communales (2011)

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Manifeste pour la prise en compte de la culture et de la dimension culturelle dans les politiques communales

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Texte présenté par le Forum Culture(s) à la presse, le vendredi 3 juin 2011

Table des matières

1. Pourquoi un « manifeste culturel » pour les élections communales ?

En amont des dernières élections législatives, le Forum Culture(s)1 avait proposé aux partis politiques un « Pacte culturel »2, signé par l’ensemble des partis représentés à la Chambre des Députés.
Ce Pacte insiste sur le fait que, dans notre société d’information et de connaissance, la créativité artistique et l’innovation culturelle constituent une ressource stratégique pour l’avenir de notre société. Il est, dès lors, souhaitable et nécessaire que la culture, qui est à fois un service public et un bien public, prenne toute la place qui lui revient dans le débat politique et que la politique culturelle ne soit pas seulement une politique sectorielle (s’occupant, notamment, de la mise en valeur du patrimoine, de l’aide à la création et à la diffusion culturelle et du cadre législatif et réglementaire), mais aussi une politique sociétale (Gesellschaftspolitik) qui intervient, de manière transversale et dynamique, dans d’autres domaines, tels que l’éducation, l’aménagement du territoire, le tourisme, l’économie, le social et le développement durable.

Ce qui est vrai aux niveaux international et national, l’est aussi au niveau communal, où les communautés de base et de vie que sont les villages, les villes et les communes sont aujourd’hui appelés à reconnaître et à mettre en œuvre le « droit à la culture » 3, en veillant, notamment, que les plus « faibles » jouissent, eux aussi, tant de l’accès à la culture que de la possibilité d’une participation active à la vie culturelle.

Nos communes luxembourgeoises sont de tailles très différentes et il est évident qu’une petite commune de moins de 1.000 habitants, à l’infrastructure culturelle inexistante ou peu développée, ne peut pas assurer le même service culturel que les villes de Luxembourg ou d’Esch-sur-Alzette, avec leurs équipements « lourds » (Théâtre, Conservatoire, Bibliothèques) et leurs équipes professionnelles.

Mais la responsabilité culturelle est la même et il appartient à la petite commune rurale de voir comment elle peut assumer cette responsabilité, dans le cadre de ses possibilités budgétaires, avec l’aide de l’État ou en créant des synergies avec des communes voisines, dans le cadre d’un syndicat intercommunal, p.ex.

Afin d’éviter ici tout malentendu : en parlant ici de la responsabilité culturelle des communes, nous ne voulons pas dire que rien ne s’est fait en matière d’action culturelle dans nos communes, ces dernières années. Au contraire : la plupart des communes ont pris très à cœur leur « mandat culturel ». Mais il nous semble important de situer ces efforts dans une perspective de développement durable. Il nous paraît nécessaire, par ailleurs, de souligner qu’il s’agit, non d’accumuler les centres culturels et autres équipements culturels lourds dans chaque commune ou ensemble de communes, mais d’assurer une vie culturelle dynamique, en soutenant les initiatives associatives et en mettant à la disposition des artistes et des acteurs culturels les espaces et les moyens dont ils ont besoin pour travailler et pour promouvoir un écosystème culturel démocratique. Il s’agit donc d’un investissement dans les hommes et les femmes, dans les artistes, dans les acteurs culturels, dans les idées et dans les projets, plutôt que dans la construction d’infrastructures de prestige.

N’oublions pas, non plus, qu’une petite commune peut disposer de richesses naturelles ou patrimoniales, qu’elle peut mettre en valeur à travers le tourisme culturel, sans même parler de l’activité possible, sur son territoire, d’artistes ou d’artisans, ou encore de la présence, combien dynamisante pour une commune ou une région, d’associations culturelles ou para-culturelles (p.ex. sportives et socio-culturelles) de bénévoles.

2. Pourquoi une politique culturelle est-elle utile au niveau communal ?

Si, aujourd’hui, la nécessité d’une politique culturelle au niveau communal découle du respect des droits humains, elle est aussi « utile », en termes de « valeur ajoutée » qu’elle crée :-    elle détermine largement l’identité du village, de la ville ou de la commune et le sentiment d’appartenance des citoyens à cette communauté de proximité et de vie ;
–    une politique culturelle communale, respectueuse de la culture de l’Autre et favorisant des approches interculturelles, renforce indéniablement la cohésion sociale ;
–    un site culturel original et une vie culturelle dynamique peuvent facilement jouir d’une importante répercussion médiatique et attirer ainsi, non seulement des touristes, mais aussi des investisseurs et donc avoir un impact économique important ;
–    une politique culturelle communale, exprimant clairement la vision que la commune a de son avenir, peut favoriser non seulement le débat démocratique autour des grands enjeux, mais aussi les synergies à mettre en œuvre entre les pouvoirs publics, les entreprises privées et les artistes et acteurs culturels.Bref, une telle politique, si elle a indéniablement un coût, fournit aussi des outcomes importants, notamment en termes économiques et sociaux, sans même parler des avancées en termes de démocratie citoyenne et de développement durable.

3. Quels pourraient être les principaux champs de la mise en œuvre d’une politique culturelle communale ?

6 principes et pierres de touche (Prüfsteine) :

3.1. l’accès à la culture et la participation à la vie culturelle de la commune et de la région doivent être garantis

  • quels espaces et infrastructures culturels la commune met-elle à la disposition des artistes et des acteurs culturels pour promouvoir la participation du plus grand nombre à des activités de créativité artistique et d’innovation culturelle ?
  • quelle offre d’éducation permanente la commune offre-t-elle à ses citoyens, en matière de transmission et de partage des connaissances, de renforcement des capacités et de participation à la vie démocratique de la commune ?
  • quelles mesures la commune entend-elle prendre pour favoriser la démocratisation culturelle (accès du plus grand nombre à l’offre culturelle) et pour promouvoir la démocratie culturelle (répondre à la demande culturelle, aider les projets culturels venant de la société civile et promouvoir le bénévolat) ?

3.2. la richesse culturelle d’une commune, en matière d’histoire, de patrimoine architectural et culturel, de soutien à la créativité artistique et à l’innovation culturelle, de cadre de vie, doit être valorisée, dans une perspective de développement durable

  • quelles sont les mesures que prend la commune pour ne pas seulement sauvegarder son histoire et son patrimoine, mais pour les mettre en valeur et les relier à la création contemporaine ?
  • quels sont les budgets que la commune consacre à des ateliers d’artistes, à des espaces de recherche et d’innovation culturelles et à l’éducation culturelle (kulturelle Bildung) et quelle est la place que la commune entend éventuellement réserver à des activités culturelles dans les Maisons Relais ?
  • quelles sont les principales mesures que la commune préconise pour assurer une durabilité/soutenabilité à son action culturelle (respect de la justice entre générations et entre sexes, mise en place d’une meilleure gouvernance culturelle, notamment dans les relations entre l’administration communale et les artistes et acteurs culturels, dans la transparence des décisions culturelles, de l’allocation des subsides et de l’évaluation publique de la politique mise en œuvre) ? Quelle est, dans ce contexte, la place que la commune entend réserver au patrimoine naturel et culturel, ainsi qu’à l’action culturelle, dans les études préliminaires du PAG (Bebauungs- und Flächennützungsplan) ?

3.3. dans nos communes de plus en plus multiculturelles, seule une démarche interculturelle et inclusive est capable d’assurer la cohésion sociale

  • quels espaces et quels lieux la commune réserve-t-elle à la rencontre et au dialogue des cultures ?
  • quelles sont les mesures que la commune prévoit pour faire participer les ressortissants d’autres cultures à la culture luxembourgeoise et pour ouvrir les Luxembourgeois à la reconnaissance et au respect des autres cultures ?
  • quelles sont, de manière plus générale, les mesures prises en faveur de ceux qui sont souvent les plus éloignés de l’action culturelle : les handicapés, les « économiquement faibles », les migrants, etc. ?

3.4. dans une politique culturelle communale dynamique, il ne s’agit pas seulement de développer un « secteur culturel », mais aussi de renforcer la dimension culturelle du développement général de la commune

  • quelles sont les mesures que la commune entreprend pour valoriser son patrimoine et sa créativité culturels dans les domaines économique et social ?
  • quelle est la politique communale pour tenir compte de la dimension culturelle en matière d’urbanisme et d’aménagement communaux ?
  • quelles sont les mesures pour relier dynamiquement action culturelle et éducation permanente, dans un souci d’intégration des « nouvelles » techniques d’information et de communication et d’émancipation personnelle et collective des citoyens ?

3.5. la commune ne saurait être un îlot fermé sur lui-même : elle doit être un écosystème s’ouvrant sur la région, sur l’interrégional et sur l’international

  • comment la commune participe-t-elle aux efforts de coopération régionale, notamment en matière culturelle ?
  • quelles initiatives entend-elle prendre en matière de coopération culturelle interrégionale ?
  • comment entend-elle renforcer ses programmes de jumelage ou renforcer la dimension culturelle dans d’éventuels programmes européens (tels que Leader ou Parcs naturels) ?

3.6. pour voir la commune comme un ensemble vivant et dynamique, il est souhaitable d’établir un plan de développement culturel (Kulturentwicklungsplan), autour d’un état des lieux, d’une vision d’avenir commune, d’objectifs de qualité et de mesures opérationnelles, sans oublier le plan de réalisation, son financement et son évaluation

  • quel est l’état des lieux, comprenant non seulement les infrastructures et équipements culturels, l’identification des artistes et des acteurs culturels individuels ou associatifs, mais aussi les projets culturels déjà existants ou en émergence ?
  • comment la commune entend-elle associer tous les acteurs culturels à l’élaboration d’une vision commune et à la définition des objectifs de qualité et des objectifs opérationnels ?
  • comment entend-elle impliquer tant le secteur privé que le secteur associatif dans la mise en œuvre d’un tel plan de développement culturel, en favorisant la mise en place de réseaux et de coopérations ?

Notes de bas de page

  1. le Forum Culture(s) est une initiative citoyenne, idéologiquement et politiquement indépendante, une plate-forme de rencontre, d’échanges et de proposition sur le développement et la politique culturels au Luxembourg. Il regroupe, de manière informelle, des artistes et des acteurs culturels
  2. on peut trouver, sur le site www.forumcultures.lu, le texte intégral du « Pacte », ainsi que le texte plus développé du « Manifeste culturel »
  3. ce droit est notamment affirmé dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948, art. 27), dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (1966, art. 15) et dans la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels (2007). Il est aussi à la base de l’Agenda 21 de la culture que plusieurs centaines de villes et de communes se sont donné comme base de leur action, à travers le monde entier (cf. www.Agenda21culture.net/)

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